23 janvier 2017 :  nous partons pour un très long vol, de 8 heures en 5 étapes : Bangui – Obo – Zemio – Obo – Zemio – Bangui. Des passagers et du fret à transférer de Obo à Zemio, dans une région qui n’est pas du tout sûre par la route. C’est pourquoi le transfert se fait en avion. Nous aurons aussi deux passagers à ramener de Zemio à Bangui.

Nous avons fait le complément de fuel hier après-midi. Pas trop toutefois, car nous ne pourrons pas refueler à l’arrivée de la première étape, et la longueur de piste est limitative eu égard à la masse au décollage. Par conséquent, il nous faut viser « juste », en fonction du nombre de passagers et du fret que nous devons prendre sur la seconde étape. Cette première étape est longue : plus de 3h30 de vol. Et elle est orientée plein est. Autant dire que ce n’est pas une très bonne nouvelle pour la consommation. Les vents soufflent généralement de l’est, et plus on monte plus ils soufflent. Le moteur consomme moins, en revanche. C’est un choix cornélien.

Nous avons étudié les prévisions de vent le matin, et il semble qu’au FL055 ils nous soient plutôt favorables, tandis que plus haut, ils seraient franchement pénalisants.

Lorsque nous avons fait ce complément de carburant hier, nous pensions avoir été un peu larges sur la quantité. Mais il faisait très chaud. Aussi, la masse de carburant nécessaire, convertie en litres, a donné une certaine valeur que nous avons avitaillée. Comme la densité était probablement assez loin de la densité usuelle de 0,81 kg/L, nous nous retrouvons ce matin avec juste la quantité nécessaire. Rien de plus.

Compte tenu de la longueur de la journée, des 2 refuelings à réaliser, en brousse à partir de fûts, nous avons choisi de décoller à 6h locales. J'ai aussi préparé un petit mémo avec les horaires détaillés.

6h + 8 heures de vol + 2 escales de 30 min + 2 escales de 45 min = 16h30 locales. Notre cible est toujours d’atterrir au plus tard à 17h locales, soit une heure avant la nuit. En effet, cela laisserait le temps de se dérouter sur un autre terrain en cas de difficulté. Ici, les terrains ne sont pas balisés. Aussi l’atterrissage de nuit est-il prohibé.

Décollage à 5h58 exactement. Nous sommes à l’heure. Montée au FL055. Tout se passe bien. Nous égrenons les check-lists. Avec vaguement l’idée que nous allons nous ennuyer sur cette longue branche.

Puis, après environ 45 minutes de vol, nous constatons que notre vitesse sol décroît… Le vent…

De recalcul du fuel à l’arrivée en décision de voler un peu plus bas, nous avons finalement été occupés sans interruption !

Nous voici à Obo. Reconnaissance, radio, intégration, finale, atterrissage, court roulage, parking. Nous avons juste la quantité de fuel requise, avec les sécurités bien entendu. Notre choix d’altitude était le bon.

Beaucoup de gens nous attendent : tous les passagers pour Zemio, sur le premier vol et sur le second vol. Ils ont tous leurs bagages, plus du fret à transférer également.

Nous sortons l’outil magique : la balance ! Puis, nous appelons les passagers l’un après l’autre pour peser la personne, son bagage à main et son bagage de soute. Nous distribuons des primes virtuelles aux passagers minces ou avec peu de bagage. Tous se fait dans la bonne humeur et la gaieté.

Enfin parés, nous embarquons fret, passagers et nous aussi. Direction Zemio.

Mise en route, roulage, alignement, décollage, montée. Le vent est favorable dans ce sens, et nous montons au FL065 pour profiter aussi un peu d’air plus frais.

Zemio arrive vite. Reconnaissance, intégration, atterrissage, parking.

Nous débarquons tous les passagers, leurs bagages et fret.

Juché sur les fûts...

Notre point de contact est là, avec les fûts pour refueler. Un fût partiel pour chaque aile. Avec toujours la préoccupation de charger en quantité suffisante, sans excès pour conserver la charge utile à prendre à Obo. Car la piste ne n’est pas allongée là-bas, entre temps !

Tout se passe très bien. Les personnes à Zemio ont l’habitude de ce type de procédure et finalement ce n’est pas trop lent.

Nous redécollons pour Obo. Le vent est de nouveau contraire. Mais l’étape est courte. La pénalisation sera faible.

Arrivée à Obo : pesée du deuxième groupe de passagers. Avec tous les bagages et tout le fret, nous serions en surcharge. Pas question.

Nous discutons alors sur la nécessité pour eux de choisir ce qui doit partir cette fois, et ce qui attendra une autre rotation. Il est question de quelques dizaines de kg de fret. Cela ne paraît pas grand-chose, mais pour une piste de 800m, avec une petite colline en face, et alors que la température est maintenant voisine de 40°C… on est obligé d’être très prudent.

Finalement, quelqu’un se dévoue pour ne prendre qu’un minimum d’effets personnels, tandis que par ailleurs, le fret non vraiment urgent restera sur place.

Embarquement, mise en route, roulage, décollage : direction Zemio, que nous atteignons après moins de 40 minutes.

Comme la fois précédente, tout se passe bien. Nous avitaillons un peu plus cette fois : 3 fûts entiers (soit 600 litres).

Embarquement des deux passagers pour Bangui et de leurs bagages.

Décollage, montée vers le FL085. Il fait plus frais là-haut et le vent nous est bien plus favorable.

Les contacts radio reprennent lorsqu’on se rapproche de Bangui. Il faut dire que, du côté de Zemio et Obo, nous étions loin de tout, sans contact radio aucun si ce n’est l’information de vol que font tous les avions en l’air...

Arrivée à Bangui, posés à 16h40.

Total : 8 heures et 3 minutes, pour un « routing » calculé à 8h et 2 minutes !!

Ce fut une journée très enrichissante. Nous debriefons le soir, sur ce que nous avons rencontré et la façon de mieux gérer encore la prochaine fois.

PS – J’ai décidé de reparler de Boda, et de la visite de l’hôpital que nous avons faite avec la délégation d’humanitaires de l’UE. Il me faut encore un peu de temps pour réfléchir.