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Sans frontières

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10 mars 2017

Evasan

Ce mercredi, nous étions supposés être de repos. Aucun vol n’était prévu.

Il faut dire que nous avons crevé les plafonds en termes d’heures de vol réalisées. Nos noms apparaissaient en rouge sur le tableau récapitulatif des temps de vol cumulés sur les 4 semaines. Le maximum étant 100, nous étions à plus de 97.

Et puis, dans la soirée, un appel téléphonique.

Disposez-vous d’une civière, et pouvez-vous transporter un blessé couché, ainsi qu’un autre assis ? Réponse, oui bien sûr.

Accident automobile en brousse. Evidemment, pas d’hôpital là-bas.

Alors, c’est reparti ! Dès la fin de soirée, nous préparons la civière, que l’on mettra dans l’avion demain matin.

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Départ de bonne heure, avec la civière sur le toit de la voiture. Abderamane le chauffeur, comme d’habitude, a tout préparé à l’avance. Nous enlevons des sièges, installons la civière, la fixons avec les sangles. Nous partons à vide. Direction Kabo, au nord du pays. Pas très loin du Tchad. Là-bas, le paysage est différent : c’est le début de la savane sèche. Les arbres sont plus rares, les points d’eau aussi. Et il y fait chaud, surtout en cette saison sèche.

Demande de mise en route, check-lists, je ferai la seconde étape. Antonio a les commandes. Je demande le roulage. On égrène les items sans précipitation, mais à un rythme soutenu. Autorisation de pénétrer sur la piste, que l’on remonte pour s’aligner. Le contrôle nous donne la clairance de départ (càd le cheminement de départ à suivre, avec les altitudes et les points de report, ceux auxquels on devra rappeler)

J’indique au contrôleur que nous sommes prêts au départ. Autorisation de décoller, mise en puissance. Je fais les annonces des vitesses : « speed alive »…. « 60kt, no alarm, continue »… « rotate »… et nous voilà partis !

Vol sans histoire, arrivée sur Kabo. Reconnaissance de la piste : nous sommes attendus, la piste est libre, pas de vent. Alignement atterrissage, posé, roulage jusqu’au parking.

Les blessés sont là, avec un médecin.

On installe la personne qui doit voyager couchée, puis la seconde personne, et le médecin.

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Fermeture des portes, remise en route. Puisqu’il n’y a pas de vent, nous décollerons en sens contraire de l’atterrissage, gagnant ainsi 2 minutes.

Briefing décollage, alignement, check-lists, puis mise en puissance, décollage. Nous montons un peu plus haut que pour l’aller. Outre que nous aurons ainsi moins chaud, le vent nous sera favorable, et nous irons un peu plus vite.

Pour ne pas perdre l’habitude, je pilote à la main. Le pilote automatique fonctionne très bien, mais finalement on perd un peu en précision de pilotage lorsqu’on l’active tôt pour le retirer tard. Et comme les visibilités ne sont pas fameuses pendant la saison sèche, c’est un bon exercice de pilotage aux instruments.

Il est déjà temps de descendre et préparer l’arrivée sur Bangui.

L’arrivée est rapide. On ne voit pas les installations de loin, en raison de la brume sèche. Nous nous sommes organisés depuis longtemps, en suivant une route d’arrivée aux instruments, qui nous permet de nous positionner dans l’axe d’assez loin. Il suffit de monitorer correctement la descente pour avoir un plan d’arrivée convenable.

La visibilité n’est vraiment pas bonne. Nous verrons la piste une minute avant l’atterrissage, que je fais en douceur. La manette des gaz sur « reverse », freinage souple, et on dégage la piste pour aller prendre position vers l’ambulance qui nous attend.

Et voilà nos blessés pris en charge par les médecins !

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3 mars 2017

Lorsque l’Etat n’est pas

Nous en avons assez entendu, ces temps derniers, au sujet de « l’Etat de droit », de « La République » régulièrement convoquée pour mieux masquer les turpitudes et les faiblesses des uns et des autres.

Oh, que l’on ne se méprenne pas. Je ne critiquerai pas. Non pas que je n’aie pas de point de vue, mais au total, le statut « apolitique » me va bien.

Ne comptent que les humains.

Lorsque nous avons transporté les quatre malabars, nous avons eu la chance d’être véhiculés depuis le terrain de Batangafo vers la ville, par une personne connaissant bien l’endroit et qui nous a expliqués ce que nous voyions.

Ici, nous sommes dans la partie musulmane de la ville. Non pas que les quartiers étaient séparés autrefois, mais depuis la crise, c’est évident que la séparation est nette. Et ici, c’est le QG des « Sélékas ». Ou en tous cas l’une des factions des Sélékas. D’ailleurs, nous en avons croisé, qui déambulaient en treillis et en armes.

Puis, on passe un large espace, sans construction. « Ici, c’était une sorte de no man’s land. Les musulmans qui passaient par là se faisaient occire, et les chrétiens qui passaient ici se faisaient tuer de même ». Lieu d’exactions. C’est bizarre de se dire qu’en ce lieu, et il n’y a pas longtemps, on se faisait agresser et tuer.

« Là-bas, tu vois ce bâtiment vide et délabré ? C’est la prison. » Vide, bien entendu. Non pas qu’il n’y ait aucun forfait qui justifierait pleinement que les cellules se peuplent. Simplement, l’Etat n’existe pas ici. Il n’y a pas d’Etat. Donc pas de droit non plus. Le calme actuel ne doit qu’à la décision des ex belligérants.

On poursuit notre chemin. « Ici, c’est le quartier des chrétiens, avec la maison des Anti-Balakas ». En armes eux aussi.

Et puis, on croise ce qui fut le plus grand camp de déplacés du pays. Il en reste plus de 10.000 là où ils étaient plus de 35.000

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Des abris de paille. Et, là non plus, rien. Ces gens n’ont rien. Plus de quoi retourner vers un chez eux vers lequel ils n’osent pas s’aventurer, lorsqu’il arrive qu’il reste un chez eux. Il sont dépendants en tout : hygiène, sécurité, alimentation, éducation,... Quelle indignité de mettre des êtres humains dans cette situation.

On arrive à l’ONG qui nous héberge ce jour-là. Accueil, présentations, discussions.

J’y ferai la connaissance d’une humanitaire qui m’aura beaucoup marqué. Par sa détermination, son courage, sa volonté, sa capacité à décider. C’est une autre histoire.

Lorsque l’Etat n’est plus, ou pas, lui qui devrait avoir le monopole de la violence, alors chacun peut s’arroger une parcelle de ce monopole. Et malheur aux faibles.

Voilà qui justifiait pleinement notre présence (pas en ce lieu particulier, mais pour la mission dans son ensemble), et qui justifiera complètement que l’on poursuive et que l'on revienne, inlassablement.

Nous sommes repartis dans l’après-midi avec notre quarteron de malabars…

Les apprentis-sorciers qui pensent qu’en France, il faudrait une « bonne crise » pour que l’on sorte du marasme (comme autrefois les vieux qui avaient envoyé la jeunesse à la boucherie disaient qu’il « faudrait une bonne guerre »), ces apprentis-sorciers seraient bien inspirés de passer une partie de leur vacances ici, plutôt qu’à Courchevel.

28 février 2017

Boda... One more time

Boda, c’est « the place to be »… Nous transportons cette fois l’Ambassadeur des USA qui doit visiter quelques projets financés notamment par USAid, une ONG US très active.

Comme d’habitude pour ce genre de transport, l’Ambassadeur est accompagné par une personne chargée de sa sécurité. Bien entendu, la plupart du temps, cette personne est armée.

Au matin, question rituelle : « avez-vous une arme ? » Réponse : « oui ». Et donc, si vous voulez bien vous donner la peine de séparer l’arme de ses munitions… N’oubliez pas la balle déjà dans la chambre. C’est cela, oui, merci bien !

Voyage court vers Boda. Accueil chaleureux.

Pendant les rituels d’accueil, nous sécurisons l’avion qui restera pour la journée sous la garde des casques bleus de l’ONU. Puis, nous partons en 4x4 vers la ville où nous rejoignons la délégation à la mairie.

Puis, nous suivons cette délégation au fil de ses visites, avec un « voyage » en 4x4 d’une bonne heure, en direction d’un village dans lequel nous sommes tous accueillis chaleureusement. Le parcours se fait sur la route principale… On comprend pourquoi il faut 6 bonnes heures pour aller de Bangui à Boda par la piste. Et encore, lorsque c’est praticable ! On est loin du confort moelleux de la limousine !!!

Visite du village et des projets, notamment de puits et pompes, d’assainissement d’eau aussi.

Là comme ailleurs, on part de loin, et il est nécessaire d’éduquer toute la population à l’hygiène minimale… qui ne peut se concevoir qu’avec un minimum d’eau potable.

Puis, retour sur Boda (même parcours « bumpy ») et visite d’un camp de déplacés (= « réfugiés » dans leur propre pays)

Là, nous sommes accueillis par un groupe de villageois, dont des enfants qui dansent au son d’un tam-tam improvisé : d’anciens bidons d’huile. C’est joyeux, et les enfants sont rieurs.

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Je m’approche et me mets à danser avec eux. Eclat de joie général, et nous voilà partis pour quelques déhanchements endiablés. On se remercie et la visite se poursuit.

Il est difficile d’imaginer un tel dénuement. Les gens n’ont… rien… Simplement, rien.

IMG_1818Comme presque 2 milliards d’habitants de cette planète, la question du matin n’est pas  : que vais-je faire à manger ce midi ? », comme se la posent certaines personnes chez nous (avec un vrai stress !).

La question est : « vais-je manger ce midi ? ». Oui, 2 milliards... C'est incroyable, n'est-ce-pas !

Alors, toutes les préventions sur ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire, etc… s’effacent pour laisser la place à l’aide au plus démunis. Leur amener de quoi manger et boire, se laver, se vêtir, un endroit où se poser, un minimum de soins...

Beaucoup d’intérêt de la part de l’Ambassadeur, qui parle un français très châtié.

Par la suite, il est temps pour nous de retourner à l’avion, le préparer pour le vol à venir.

Voilà déjà la délégation qui revient. Tout est prêt, nous embarquons.

Retour calme vers Bangui, atterrissage, débarquement des passagers. On salue l’Ambassadeur, qui plusieurs fois dans la journée aura été appelé « Monsieur l’Ambassadeur de France » et en est un peu chagrin.

Je lui dis que c’est une sorte d’hommage à sa maîtrise de la langue française ! Il accepte ce petit trait d’humour et nous nous quittons.

J’ai encore beaucoup appris à Boda : « Soukoula ngo maboko nzoni = SENI » *

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(*) Lave-toi convenablement les mains, c’est sain.

15 février 2017

Quatre malabars...

L'autre jour, nous les avions déjà rencontrés. A l'occasion du transport d'une délégation de l'Ambassade US en Centrafrique, vers Boda. (Décidément, Boda c'est "the place to be" ! J'y reviendrai dans un autre billet.)

L'Ambassadeur ne se déplace pas sans que le terrain n'ait été préalablement sécurisé. Durant le voyage, il n'était accompagné que d'un garde du corps, mais nous en avions découvert d'autres à l'arrivée.

Cette fois, nous faisons en somme le voyage de reconnaissance. Nous devons les déposer à Batangafo, puis les y attendre pendant 5 heures, avant de retourner vers Bangui.

8 heures. L'avion est presque prêt. Il manque encore l'avitaillement en carburant. Ce matin, c'est encombré. Nous sommes servis assez tardivement par le pétrolier. Le chauffeur est seul, un peu chaffouin. On l'aide à se dérider un peu ! La bonne humeur revient.

Nous partirons donc avec 20 minutes de retard sur l'horaire.

Nos passagers sont bientôt là. Ils sont huit, dont quatre beaux "bébés" armés jusqu'aux dents et quatre humanitaires. Le plus imposant des bébés pèse quand même ses 105 kg. Comme cela, sans toucher, il n'a pas l'air d'y avoir de graisse. Ses bras ressemblent à des cuisses, côté muscle... Ils ont aussi quelques bagages à mettre en soute : c'est lourd !!!

Question rituelle : "avez-vous des armes ?". Tu parles, bien sûr ! Réponse : "oui". Alors : "Merci de séparer les armes de leurs munitions". Ce qu'ils font de bonne grâce, habitués à la chose.

Et nous voilà partis pour Batangafo. Qui méritera un billet aussi. J'y reviendrai.

Après nos quelques heures, très bien et chaleureusement accueillis à la "maison" de NRC (une ONG norvégienne), nous repartons sur Bangui avec "seulement" les quatre malabars.

Pour la photo souvenir à Bangui, ils enlèvent leurs lunettes noires (mais conservent l'oreillette) !

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8 février 2017

Réinsérer les enfants-soldats

Samedi 4 février dernier

C’est un vol dédié que nous réalisons aujourd’hui, de Bangui vers Berberati, ville située à l’ouest du pays, presque à sa frontière avec le Cameroun.

Nous transportons des passagers, et un peu de fret. Ces passagers sont les membres d’une ONG, Plan International, dont la mission consiste à prendre en charge et réinsérer des enfants qui ont totalement perdu leurs repères durant les crises : orphelins notamment, mais aussi enfants soldats.

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Rapporté au nombre d’habitants, la Centrafrique est le pays du monde qui a engendré le plus d’enfants soldats. Pour des tas de raison, que ce soit les crises à répétition, la pauvreté et l’enrôlement par les bandes armées, mais aussi bien sûr, les riches ressources naturelles qui aiguisent les appétits et amènent – du fait d’un Etat impuissant – à la violence pour l’accaparement des ressources. Qui n’a pas entendu parler des « diamants de sang ».

C’est à l’UNICEF que revient le rôle d’extraire les enfants de leur condition d’enfants soldats, et c’est à ce moment que Plan International les prend en charge. De même pour les orphelins.

Je comprends, d’une courte discussion avec une responsable, que bien des étapes sont nécessaires et des médiations, négociations également. En effet, les enfants ne peuvent bien souvent revenir dans le village dont ils viennent, y ayant commis des exactions et violences extrêmement graves. Ils risquent la mort pure et simple à leur retour. Il faut donc préparer une arrivée dans une famille d’accueil, puis par la suite dans la famille biologique. Quand on la retrouve : cela demande aussi un gros travail de recherche et de recoupement.

En admettant tous ces aspects de logistique et de médiation traités, encore faut-il que les enfants puissent changer de trajectoire. Retourner à l’école, reprendre ou commencer des études, trouver leur voie professionnelle et s’y engager avec des chances réelles de succès.

Pendant que la délégation réalise sa mission, nous sommes accueillis dans la maison de l’ONG, où nous nous occupons… par exemple en écrivant ces quelques lignes.

Le retour à Bangui est prévu avec un décollage à 14h. Nous voici de retour à l'avion : préparation, et attente des passagers. Des chèvres viennent nous rendre une petite visite !

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A peu près à l’heure, voilà nos passagers de retour. Enfin, presque tous. Il en manque un. Nous rentrerons avec 9 passagers finalement. Le dernier arrive enfin. Peu de bagages, aussi la masse globale est-elle convenable. En plus, ici la piste est longue, non limitative.

Retour calme sur Bangui. Je m’occupe d’expliquer au passager qui est juste derrière moi ce qui se passe : il a une peur bleue de l’avion !

A l’arrivée, tous sont satisfaits de ce vol : un aller-retour Bangui-Berberati, c’est déjà deux jours de voyage… Et pas en pullman… Là, on aura tout fait en moins d’une journée, mission là-bas incluse.

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6 février 2017

Bocaranga - Evacuation

IMG_1792Contexte un peu chargé donc pour ce vol vers Bocaranga aujourd'hui. 8 passagers à l'aller, 6 au retour, dont un blessé à évacuer sur Bangui, qui peut voyager assis avec un accompagnant.

Nous partons à la masse maximale, avec 8 passagers. Pas de fret.

Vol calme, au niveau 085. La masse d'air est calme encore ce matin. Aucune turbulence. Préparation de l'arrivée. La piste est relativement courte à Bocaranga, et située à 3400 ft. Aussi serons-nous limités au décollage, ne pouvant aller jusqu'à la masse maximale en raison des performances.

A l'arrivée, survol de la piste. C'est bien sécurisé : 2 blindés des casques bleus, et des soldats déployés comme à l'accoutumée. Contact radio : on nous confirme que nous pouvons nous poser en sécurité.

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Roulage, débarquement des passagers et de leurs bagages.

Notre point de contact nous annonce alors que nous ne repartons pas avec 6 passagers, mais 9... Nous les pesons tous, un par un. Nous pesons les bagages également. Bilan de l'opération : nous sommes trop lourds...

Il va falloir laisser des bagages qui partiront plus tard. Négociation avec les passagers, qui finalement lestent leurs bagages cabine de quelques effets prélevés sur les bagages soute. La manoeuvre prend quelques dizaines de minutes.

Au bout du compte, nous embarquons tous les passagers : en raison du contexte de violence, les ONG rapatrient une partie de leurs membres sur Bangui, et nous préférons laisser des bagages plutôt qu'un passager.

Embarquement, ceintures de sécurité (je prends bien soin de ne pas rendre le bouclage de la ceinture douloureux pour le blessé), consignes de sécurité, check lists...

Roulage : on va prendre la piste dans le sens légèrement descendant, et une petite brise souffle dans le bon sens. On va bien jusqu'à l'extémité de piste, pour ne pas perdre quelques mètres. Mise en puissance, lâcher des freins. 50kt, 60kt, 70kt... rotation... ça décolle.

Retour calme vers Bangui, où un véhicule de la croix rouge attend notre blessé.

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5 février 2017

Le photo-maton

L'autre jour, j'avais besoin de photos d'identité pour un visa. Fond clair, pas de sourire, photo cadrée... La chose est normée.

Evidemment, je n'en avais pas avec moi. Nous nous sommes donc rendus dans un photo-maton de Bangui. Cela se passe dans la rue, de très bonne humeur, et les robots n'y ont pas encore pris le pouvoir. Et finalement, vu du client, le process est bien plus automatique : pas besoin de régler la hauteur du siège, de cadrer le visage, d'insérer la monnaie et faire le pied de grue pour récupérer les photos.

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Cela a relancé chez moi une vraie réflexion, qui revient régulièrement me chatouiller. Nous avons des automates pour tout. Consommer, payer, se faire punir d'une infraction routière, se faire de nouveaux amis... A tel point que, et cela m'a fait éclater de rire, Facebook me propose comme "nouveaux amis", mon ex dont j'ai mis plus de 10 ans à me séparer tant la procédure était poisseuse, et aussi un ancien collègue d'une firme américaine à qui j'ai dit il y a longtemps et de façon définitive que je ne pouvais évidemment pas travailler avec lui ! Avec des amis comme cela, je n'aurai pas besoin d'ennemis !!

Dans d'autres circonstances, j'avais déjà pensé que la personne dont le poste semblait inutile (par exemple garder une barrière qu'un automate ouvre sur présentation d'un badge) avait conservé sa place dans la société avec finalement un emploi qui n'était pas plus inutile que bien des emplois que les américains appellent des "bullshit jobs". Des jobs dont la valeur pour la société est bien discutable.

Si ma réflexion vous semble brouillonne, c'est normal. Elle l'est.

Puissent vos commentaires l'ordonner.

28 janvier 2017

Boda… L’hôpital

Si en juin dernier nous avions transporté une délégation venue inaugurer le nouveau marché reconstruit de Boda, cette fois la délégation que nous transportons a un mission différente.

Il s’agit de bailleurs de fonds européens, qui financent des projets dans la région. Ils viennent se rendre compte de visu de ce qui est fait de l’argent qui est consacré à ces causes. Ils ne seront pas déçus.

Nous partons à l’heure de Bangui, avec la délégation au complet. Le trajet pour Boda est court. J’ai déjà eu l’occasion de le mentionner. Arrivée, verticale, on voit que nous sommes attendus. Reconnaissance du terrain, approche, finale, atterrissage, roulage.

La délégation est reçue par les responsables des projets.

Pour ce qui nous concerne, nous sommes pris en charge par une ONG qui va nous emmener en ville pour que nous puissions attendre leur retour. Nous sécurisons l’avion : il sera gardé par les soldats de la Minusca.

Nous embarquons dans un 4x4 de l’ONG, direction la ville. On croise en chemin des maisons dont on voit qu’elles ont été détruites. Certaines furent reconstruites. Mais tout n’est pas réglé encore.

A notre arrivée à la maison de l’ONG, nous sommes reçus par Solange, qui est la responsable des ressources humaines et aussi la financière de l’ONG. Elle nous fait visiter les lieux : simples, voire sommaires, mais chacun dispose de sa chambre et il y a une cuisine et une salle commune.

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Auparavant, elle était responsable de développement : en clair, travaillait pour des ONG aussi, mais dans un bureau. Pas sur le terrain. Aussi voulait-elle faire cette expérience de la réalité qu’elle ne percevait que désincarnée. La mission est de 6 mois : elle ne souhaitera pas prolonger, car l’expérience est rude. Pas pour les conditions matérielles, auxquelles on se fait finalement bien. Pas pour les conditions de sécurité qui, certes, exposent davantage qu’à Paris 7ème mais restent raisonnablement acceptables.

 

Non, le sujet, c’est l’émotion qui prend à la gorge me dit-elle. Toutes les larmes qu’elle a versées lorsqu’elle a ramené, plusieurs heures durant dans ses bras un enfant comateux. Imaginant, à travers cet enfant son propre fils… Et ainsi de suite…

Pendant le tour de la maison, nous discutons avec les cuisinières, qui préparent le déjeuner.

Puis, nous sommes invités à visiter l’hôpital que gère cette ONG.

Solange nous explique le parcours de santé des patients, qui arrivent dans la cour, puis sont reçus pour un premier examen rapide, qui va permettre de trier l’urgence du non-urgent, et d’orienter vers les soins appropriés.

Aujourd’hui samedi, finalement il y a peu de patients… Nous dit-elle, car nous ne dirions pas cela dans les circonstances que nous connaissons ordinairement : l’affluence serait considérée comme normale.

 

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Non, le lundi, la cour est bondée de personnes qui viennent consulter pour elles-mêmes ou les enfants.

Après le premier examen, nous passons aux consultations simples, avec une prise en charge adaptée à la pathologie, et toujours avec la préoccupation de remettre au plus vite les patients debout. Il y a tellement de besoins en attente…

Les consultations sont scindées en deux : adultes et enfants. Beaucoup d’enfants ici…

La visite se poursuit par les urgences. Un homme vient d’arriver, et est pris en charge. Amaigri et très fiévreux, il est à peine conscient. Pour venir, il a voyagé plusieurs heures. L’équipe médicale l’a pris en charge et lui a administré les premiers soins. Puis le mettra sous observation si, comme ils l’espèrent, il répond bien au traitement.IMG_1706

Ensuite, nous visitons la chirurgie. Nous sommes reçus par le chirurgien, qui nous explique pratiquer ici une chirurgie d’urgence : césariennes, hernies (souvent graves), accidents, lorsque cela est possible, réparation de fente palatine, etc… Il nous montre la façon dont les instruments sont stérilisés, avec une méthode et du matériel de conception très ancienne (plus d’un siècle) mais finalement assez adaptés aux conditions du lieu. De trente à quarante opérations dans la semaine… Pas vraiment d’horaire,  évidemment.

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La visite de la pédiatrie sera très rude émotionnellement. Trop peu de lits. Beaucoup de ces lits sont occupés par 4 enfants. Avec les mères qui sont ici aussi. Des enfants qui souffrent et que les mères ont amené parfois de très loin, bien entendu alors que l’enfant souffrait déjà beaucoup.

Souvent soignés dans l’indigénat avec des médecines pas toujours adaptées.

Beaucoup de cas de paludisme avancé. Le paludisme ici en Centrafrique est évidemment non seulement très courant, mais d’une forme particulièrement grave de paludisme neurologique. Mais aussi beaucoup de malnutrition, en raison de l’incapacité des si jeunes mamans à nourrir le dernier qui n’est évidemment pas le premier. Malnutrition et son cortège de suites infectieuses sur un corps tellement fragilisé et déjà meurtri.

La méningite, avec plusieurs formes, est aussi extrêmement répandue dans la région. Sur un lit, un enfant sous assistance en oxygène, atteint de méningite.IMG_1710

 

Nous discutons avec les soignants, en essayant d'éviter bien entendu de gêner. Voyeurisme ? La question se pose à moi. Les soignants nous invitent à témoigner et nous disent qu’il faut faire connaître ce qui se fait ici. Qu’ils ont besoin de faire savoir. Sans être journalistes, nous portons leur message que ces lignes essaient de transcrire.

Franchement, le travail au quotidien ici est admirable de dévouement. On est tellement loin du « docteur caméra » qui a fait une si belle carrière politique.

Passage par la maternité. Ici, les mamans sont souvent très, trop jeunes. A 20 ans, une jeune femme peut en être à son quatrième enfant. Les sages-femmes sont accueillantes et rieuses. Elles nous disent profiter du passage des mamans par la maternité pour promouvoir et distribuer la contraception : pilule, implant qui dure 5 ans, stérilet, préservatif masculin ou féminin. La contraception est mieux comprise et acceptée par les femmes…IMG_1714

Nous visitons la pharmacie, très bien organisée et tenue. Gestion très professionnelle des médicaments, et coordination notamment avec la chirurgie, dont la capacité à opérer dépend entièrement de l’approvisionnement en médicaments et ustensiles.

Nous éviterons la tente dite de quarantaine, où sont hospitalisées des personnes souvent en phase terminale… L’espérance de vie en RCA est de l’ordre de 54 ans (mon avis sur la longévité n’est pas très orthodoxe ; Evariste Gallois, mort à 22 ans, a davantage laissé à la postérité que Fidel, par exemple …) : cet indicateur est simplement assez représentatif de l’état sanitaire du pays.

Il y a un côté révoltant de savoir qu’il suffit de 1,8 M€ annuellement pour faire tourner cet hôpital et ses trois antennes dans la région, tandis que des milliards sont dépensés en pure perte.

Retour à la maison de l’ONG, puis nous partons préparer l’avion pour le retour, sans prendre le déjeuner. Ni l’un ni l’autre n’avons d’appétit…

On se remet au travail dans des procédures d’aviation rassurantes presque apaisantes.

L’équipe revient. Séance photos. Echange de coordonnées.

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Nous embarquons, retour sur Bangui facile et paisible. Atterrissage, roulage, parking.

La tête et le cœur chamboulés.

26 janvier 2017

Jamais le même fret !

Quelques images du fret que nous transportons...

J'ai déjà publié quelques lignes sur les gamelles et les bidons. On pourrait ajouter les pompes et les tuyaux (eau propre, eau usée...) ; les médicaments ; les tams-tams ; les tentes ; les bâches ; les antennes (satellite, éléments d'antennes pour le mobile, parabole TV) ; les effets personnels en voyage non accompagné, etc etc...

Ici, en Centrafrique, on transporte davantage de personnes. Nous n'avons pas fait de vol "cargo pur". Alors que cela arrive assez fréquemment au Congo (RDC).

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25 janvier 2017

L'express Obo-Zemio

23 janvier 2017 :  nous partons pour un très long vol, de 8 heures en 5 étapes : Bangui – Obo – Zemio – Obo – Zemio – Bangui. Des passagers et du fret à transférer de Obo à Zemio, dans une région qui n’est pas du tout sûre par la route. C’est pourquoi le transfert se fait en avion. Nous aurons aussi deux passagers à ramener de Zemio à Bangui.

Nous avons fait le complément de fuel hier après-midi. Pas trop toutefois, car nous ne pourrons pas refueler à l’arrivée de la première étape, et la longueur de piste est limitative eu égard à la masse au décollage. Par conséquent, il nous faut viser « juste », en fonction du nombre de passagers et du fret que nous devons prendre sur la seconde étape. Cette première étape est longue : plus de 3h30 de vol. Et elle est orientée plein est. Autant dire que ce n’est pas une très bonne nouvelle pour la consommation. Les vents soufflent généralement de l’est, et plus on monte plus ils soufflent. Le moteur consomme moins, en revanche. C’est un choix cornélien.

Nous avons étudié les prévisions de vent le matin, et il semble qu’au FL055 ils nous soient plutôt favorables, tandis que plus haut, ils seraient franchement pénalisants.

Lorsque nous avons fait ce complément de carburant hier, nous pensions avoir été un peu larges sur la quantité. Mais il faisait très chaud. Aussi, la masse de carburant nécessaire, convertie en litres, a donné une certaine valeur que nous avons avitaillée. Comme la densité était probablement assez loin de la densité usuelle de 0,81 kg/L, nous nous retrouvons ce matin avec juste la quantité nécessaire. Rien de plus.

Compte tenu de la longueur de la journée, des 2 refuelings à réaliser, en brousse à partir de fûts, nous avons choisi de décoller à 6h locales. J'ai aussi préparé un petit mémo avec les horaires détaillés.

6h + 8 heures de vol + 2 escales de 30 min + 2 escales de 45 min = 16h30 locales. Notre cible est toujours d’atterrir au plus tard à 17h locales, soit une heure avant la nuit. En effet, cela laisserait le temps de se dérouter sur un autre terrain en cas de difficulté. Ici, les terrains ne sont pas balisés. Aussi l’atterrissage de nuit est-il prohibé.

Décollage à 5h58 exactement. Nous sommes à l’heure. Montée au FL055. Tout se passe bien. Nous égrenons les check-lists. Avec vaguement l’idée que nous allons nous ennuyer sur cette longue branche.

Puis, après environ 45 minutes de vol, nous constatons que notre vitesse sol décroît… Le vent…

De recalcul du fuel à l’arrivée en décision de voler un peu plus bas, nous avons finalement été occupés sans interruption !

Nous voici à Obo. Reconnaissance, radio, intégration, finale, atterrissage, court roulage, parking. Nous avons juste la quantité de fuel requise, avec les sécurités bien entendu. Notre choix d’altitude était le bon.

Beaucoup de gens nous attendent : tous les passagers pour Zemio, sur le premier vol et sur le second vol. Ils ont tous leurs bagages, plus du fret à transférer également.

Nous sortons l’outil magique : la balance ! Puis, nous appelons les passagers l’un après l’autre pour peser la personne, son bagage à main et son bagage de soute. Nous distribuons des primes virtuelles aux passagers minces ou avec peu de bagage. Tous se fait dans la bonne humeur et la gaieté.

Enfin parés, nous embarquons fret, passagers et nous aussi. Direction Zemio.

Mise en route, roulage, alignement, décollage, montée. Le vent est favorable dans ce sens, et nous montons au FL065 pour profiter aussi un peu d’air plus frais.

Zemio arrive vite. Reconnaissance, intégration, atterrissage, parking.

Nous débarquons tous les passagers, leurs bagages et fret.

Juché sur les fûts...

Notre point de contact est là, avec les fûts pour refueler. Un fût partiel pour chaque aile. Avec toujours la préoccupation de charger en quantité suffisante, sans excès pour conserver la charge utile à prendre à Obo. Car la piste ne n’est pas allongée là-bas, entre temps !

Tout se passe très bien. Les personnes à Zemio ont l’habitude de ce type de procédure et finalement ce n’est pas trop lent.

Nous redécollons pour Obo. Le vent est de nouveau contraire. Mais l’étape est courte. La pénalisation sera faible.

Arrivée à Obo : pesée du deuxième groupe de passagers. Avec tous les bagages et tout le fret, nous serions en surcharge. Pas question.

Nous discutons alors sur la nécessité pour eux de choisir ce qui doit partir cette fois, et ce qui attendra une autre rotation. Il est question de quelques dizaines de kg de fret. Cela ne paraît pas grand-chose, mais pour une piste de 800m, avec une petite colline en face, et alors que la température est maintenant voisine de 40°C… on est obligé d’être très prudent.

Finalement, quelqu’un se dévoue pour ne prendre qu’un minimum d’effets personnels, tandis que par ailleurs, le fret non vraiment urgent restera sur place.

Embarquement, mise en route, roulage, décollage : direction Zemio, que nous atteignons après moins de 40 minutes.

Comme la fois précédente, tout se passe bien. Nous avitaillons un peu plus cette fois : 3 fûts entiers (soit 600 litres).

Embarquement des deux passagers pour Bangui et de leurs bagages.

Décollage, montée vers le FL085. Il fait plus frais là-haut et le vent nous est bien plus favorable.

Les contacts radio reprennent lorsqu’on se rapproche de Bangui. Il faut dire que, du côté de Zemio et Obo, nous étions loin de tout, sans contact radio aucun si ce n’est l’information de vol que font tous les avions en l’air...

Arrivée à Bangui, posés à 16h40.

Total : 8 heures et 3 minutes, pour un « routing » calculé à 8h et 2 minutes !!

Ce fut une journée très enrichissante. Nous debriefons le soir, sur ce que nous avons rencontré et la façon de mieux gérer encore la prochaine fois.

PS – J’ai décidé de reparler de Boda, et de la visite de l’hôpital que nous avons faite avec la délégation d’humanitaires de l’UE. Il me faut encore un peu de temps pour réfléchir.

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